



Texte et photos Capucine Gougenheim
Hautes Vosges, balade nature et savoir-faire
Une montagne discrète à redécouvrir
Dans les Hautes Vosges, la nature s’impose. Entre les forêts denses du Ballon d’Alsace, les vallées encaissées et les sommets balayés par les vents, cette partie du massif vosgien dévoile une autre montagne française, plus discrète, plus brute aussi.
Une destination ponctuée d’adresses de caractère fortement imprégnées de la géographie et de l’histoire de la région, de jardins de plantes médicinales, d’ateliers de tissage historiques, des vergers de bluets bio aux fermes-auberges nichées dans les chaumes.
Loin des itinéraires saturés, les Hautes Vosges cultivent un art de vivre simple, profondément lié au territoire, imprégné du rythme de la nature.




Le Drumont et les Hautes Chaumes
Dans ces vallées proches du Ballon d’Alsace, les paysages alternent forêts d’épicéas, chaumes d’altitude et clairières ouvertes sur les sommets. Le massif vosgien traverse sept départements et offre plus de 7 000 kilomètres de sentiers balisés. Sur les hauteurs du Drumont ou du Hohneck, les panoramas rappellent parfois les grands espaces nordiques. Le climat frais permet à certaines espèces alpines de prospérer ici, comme le lys martagon ou l’anémone d’Autriche. Au lever du soleil, les chamois investissent les pentes abruptes des cirques glaciaires, dans un décor encore largement préservé.
Dans les Haute Vosges, ce sont des herboristes, des tisserands, des cueilleurs de plantes médicinales ou des artisans qui racontent un territoire ancré dans ses racines. Une région de montagne accessible, encore préservée, où l’on vient autant pour respirer que pour découvrir une autre idée du patrimoine français.




Les plantes médicinales, un autre attrait des Hautes Vosges
Dans les Hautes Vosges, les plantes médicinales font partie du paysage autant que les forêts de sapins ou les chaumes d’altitude. Entre sols acides, climat frais et terres encore préservées, la région accueille une grande diversité végétale, longtemps utilisée par les herboristes et aujourd’hui remise en culture par une nouvelle génération de producteurs.
Arnica, mélisse, camomille matricaire, échinacée, hysope, alchémille, valériane, angélique officinale, mauve, sarriette, origan ou encore ail des ours poussent ici dans des conditions proches de leur milieu naturel. Certaines plantes, comme l’arnica, deviennent plus fragiles avec le changement climatique et nécessitent désormais une culture encadrée pour préserver la ressource sauvage, réputée plus concentrée en principes actifs.
Dans les fermes de plantes médicinales des Hautes Vosges, les cultures mêlent espèces locales et variétés plus inattendues comme le shiso coréen, la menthe bergamote, le basilic tulsi ou la camerise, petite baie nord-américaine proche de la myrtille réputée pour sa richesse en antioxydants.
Les récoltes atteignent leur pic en juillet et août, avant d’être transformées selon des méthodes traditionnelles: hydrolats, huiles essentielles, alcoolatures, tisanes ou teintures mères. Bon nombre de cueilleurs, producteurs, distillateurs et paysans-herboristes cultivent toutes ces variétés et travaillent les plantes selon des méthodes traditionnelles pour certains.
La distillation se fait encore par entraînement à la vapeur dans des alambics en cuivre chauffés à près de 100 degrés, selon un procédé ancestral.
Ici, chaque plante raconte un terroir de montagne. Sapin, mélisse, camomille matricaire, alchémille, angélique officinale ou encore arnica composent un jardin vivant, cultivé en bio, où l’on parle autant de sols acides, de climat et de biodiversité que de bien-être.





La Ferme du Bien-Etre à Gerardmer
Parmi ces adresses, la Ferme du Bien-Être perpétue cet héritage depuis la fin des années 1980. Cette exploitation bio, installée dans les Hautes Vosges, cultive et cueille près de 80 plantes, dont une trentaine sauvages. Huiles essentielles, plantes séchées, macérations ou produits de soin y sont élaborés dans une logique de traçabilité complète et de transformation sur place. La ferme est notamment reconnue pour son huile de sapin des Vosges et son travail autour des plantes de montagne, récoltées parfois jusqu’à 100 kilomètres autour de l’exploitation. Une approche profondément liée au territoire, où l’on considère avant tout que la qualité des plantes dépend de la richesse du sol qui les nourrit.
Ferme du Bien-Etre
698, route d’Epinal Le Beillard
88400 GERARDMER


Les Vergers des Avolets à Rupt-sur-Moselle
À Rupt-sur-Moselle, Bruno Vincent cultive depuis près de quarante ans les célèbres bluets des Vosges aux Vergers des Avolets. Sur un hectare, ce producteur bio fait pousser plus de
3 000 pieds de myrtilliers dans un terroir souvent comparé à celui du Canada. Les récoltes s’étalent tout l’été grâce à différentes variétés, tandis que les fruits sont transformés en nectars, liqueurs, pétillants ou bières artisanales. Ici, le fruit reste au centre de tout: les bluets sont cueillis à la main, travaillés avec peu de transformation et valorisés dans une gamme fidèle au goût originel.


La Ferme du Dahu Barbu à Ramonchamp
À Ramonchamp, la Ferme du Dahu Barbu propose une autre lecture des Hautes Vosges. Ancien militaire dans l’aviation légère de l’armée de terre, Bruno Barbe a changé de vie avec son épouse Fanny pour créer ce lieu tourné vers la nature et l’accueil. Dans cette ferme-auberge ouverte en 2018, les produits locaux dominent l’assiette tandis que les gîtes plongent les visiteurs dans un environnement forestier calme et isolé. Le lieu attire autant les amateurs de randonnées que les voyageurs en quête d’un séjour plus déconnecté.
La Ferme du Dahu Bahu
15 La Colline
88160 Ramonchamp

Le Théâtre du Peuple à Bussang
Classé au titre des Monuments historiques depuis 1976, le Théâtre du Peuple célèbre cette année ses 130 ans. Fondé au cœur des Vosges, ce théâtre unique continue d’animer la vallée avec une programmation estivale populaire et exigeante.
Fondé à la fin du XIXe siècle par Maurice Pottecher, ce théâtre en bois entouré de forêt, célèbre en 2026 ses 130 ans avec une création hors format pensée comme une grande fresque vivante. Pendant tout l’été, les spectateurs suivent plusieurs générations de comédiens, d’habitants et de figures liées au théâtre à travers une mise en scène immersive qui traverse l’histoire du lieu et celle de la région. Ici, le spectacle s’inscrit dans le paysage vosgien autant que dans la mémoire collective: on vient pour l’expérience artistique, pour cette atmosphère unique, entre montagne, forêt et utopie culturelle toujours vivante.
Du 16 juillet au 28 août 2026, dans un théâtre de verdure improvisé, l’utopie humaniste et artistique rêvée par Maurice et Camille Pottecher prendra la forme d’une fiction théâtrale en 6 épisodes, Hériter des brumes – La folle histoire du Théâtre du Peuple, écrite par Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi, mise en scène par Julie Delille.
Théâtre du Peuple
40 rue du Théâtre du Peuple
88540 Bussang





Domaine de la Montagne-l’Hermitage de Frère Joseph à Ventron transformé en Relais & Châteaux
Parmi les adresses prisées de la région, le Chalet Frère Joseph 1757 du Domaine de la Montagne, un Relais & Châteaux niché à Ventron, cultive une atmosphère luxueuse pleine de charme au cœur des Hautes Vosges.
L’hôtel tire son nom d’un ermite installé ici au XVIIIe siècle, auquel les habitants auraient construit un refuge devenu au fil du temps une véritable maison de montagne. Aujourd’hui propriété de Messieurs Singer et Keff, également propriétaires du Domaine de la Klauss en Moselle, l’adresse partage un même goût pour l’hospitalité haut de gamme discrète et profondément ancrée dans son environnement. Forêt, silence et panoramas ouverts sur les reliefs vosgiens, l’hôtel mêle pierre, bois et lignes contemporaines dans une ambiance chaleureuse dans les 28 chambres et suites dont la décoration épurée qui invitent à ralentir. Spa géant, tables gastronomiques et chambres ouvertes sur la nature prolongent cette immersion dans une montagne plus confidentielle, loin des grandes stations alpines.
Domaine de la Montagne
5001 Route de Frère Joseph
88310 Ventron
AUTOUR DE GERARDMER




Gérardmer, » la perle des Vosges »
Autour de Gérardmer, les lacs, les forêts et les reliefs boisés offrent une autre respiration. Au XIXe siècle déjà, les paysages des Hautes Vosges séduisent les écrivains et voyageurs en quête d’air pur et de nature.
C’est Abel Hugo, frère de Victor Hugo, qui surnomme Gérardmer « la Perle des Vosges » dans son ouvrage « La France pittoresque » publié en 1835. L’expression traverse les décennies et accompagne encore aujourd’hui l’image de cette ville installée au bord d’un lac glaciaire entouré de sapins, devenue l’une des stations les plus emblématiques du massif vosgien.
À cette époque, la famille Hugo voyage régulièrement dans l’Est de la France, profondément marqué par ses attaches lorraines. Comme de nombreux écrivains et artistes du XIXe siècle, ils découvrent dans les Vosges une montagne plus accessible et plus boisée que les Alpes, où les promenades autour des lacs, les routes forestières et les panoramas du Hohneck participent à l’essor d’une nouvelle culture de la villégiature. Avec l’arrivée du chemin de fer en 1878, Gérardmer devient rapidement une destination recherchée par les familles parisiennes et les industriels de Nancy ou de Belgique, qui font construire villas, hôtels et maisons de vacances sur les rives du lac.
Aujourd’hui encore, la ville conserve cette atmosphère paisible au bord du lac, loin des stations plus démonstratives. Sur l’eau, les canots électriques ont remplacé depuis longtemps les moteurs thermiques, renforçant cette sensation de calme qui caractérise Gérardmer.
Autour de Gérardmer, les lacs, les forêts et les reliefs boisés offrent une respiration à plein poumon. Le cerf, devenu emblème de la ville, rappelle ce lien étroit avec les grandes forêts vosgiennes et la faune qui habite encore les environs.
Plus loin, des adresses comme Les Jardins de Sophie, Le Manoir au Lac ou l »Hôtel Le Beaurivage prolongent cette idée d’une villégiature discrète, tournée vers la nature, les grands espaces et une certaine idée du slow travel à la française.
Office de tourisme de Gerardmer








Le Jacquard Français, une exception française à Gérardmer
Le Jacquard Français, à Gérardmer, incarne une autre facette du territoire: celle d’un savoir-faire textile historique toujours en activité. Dans cette manufacture de 8 500 m², plus d’une centaine de collaborateurs perpétuent la tradition du tissage jacquard, entre métiers Dornier, atmosphère humide indispensable aux fibres et précision quasi musicale des machines. Fournisseur de l’Élysée, du Sénat ou de grands hôtels internationaux, la maison continue de produire en France un linge devenu emblématique. Derrière les collections lifestyle et les collaborations contemporaines, le savoir-faire reste intact, porté par des artisans formés pendant plusieurs années.
Le Jacquard Français




La Confiserie Géromoise à Gérardmer
La Confiserie Géromoise, fondée par les frères Wexter, illustre elle aussi cette volonté de produire autrement. Ancien chef pâtissier pour l’un, ancien directeur informatique pour l’autre, ils ont quitté leurs métiers respectifs pour créer des confiseries bio élaborées à partir de vrais fruits, sans chercher la production industrielle. Bonbons gélifiés, recettes artisanales et fabrication inspirée des méthodes ancestrales: leur atelier travaille aujourd’hui avec plus d’une centaine de points de vente tout en restant fidèle à une production raisonnée et privilégiant les fournisseurs de la région.
Confiserie Géromoise








La Villa Concorde à Gérardmer
Face au lac de Gérardmer, La Villa Concorde réinvente l’esprit des grandes demeures de villégiature vosgiennes. Cette maison de plus de 500 m², entièrement rénovée, peut être privatisée dans son intégralité et propose une expérience plus intime et résidentielle du séjour dans les Vosges. Vitraux anciens, charpente à colombages, cheminées en marbre, suites ouvertes sur le lac, parc arboré de 5 000 m², piscine chauffée et espace bien-être composent un refuge haut de gamme pensé pour ralentir le rythme et profiter pleinement du paysage. À quelques minutes du centre de Gérardmer, la villa offre une autre façon d’explorer les Hautes Vosges: en petit comité, entre nature, confort et sensation d’évasion.
Le Manoir au Lac, Gérardmer
Installé sur les rives du lac de Gérardmer, Hôtel Le Manoir Au Lac fait partie des adresses historiques des Vosges. Cette demeure du XIXe siècle, où Maupassant venait déjà séjourner, cultive une atmosphère feutrée tournée vers le lac et les montagnes environnantes. L’hôtel 4 étoiles mêle l’esprit d’une maison de famille à des prestations plus contemporaines, entre restaurant, espace bien-être et chambres ouvertes sur la nature. À deux pas des sentiers et des forêts, le lieu permet de découvrir Gérardmer autrement, loin de l’image purement hivernale de la station, dans une région qui se prête autant aux longues marches d’été qu’aux parenthèses plus contemplatives.
